Coupe du monde 2026 : la propriété intellectuelle au cœur du jeu

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juin 5, 2026

La Coupe du monde 2026, organisée conjointement par le Canada, le Mexique et les États-Unis, se joue non seulement sur les terrains, mais également sur celui de la propriété intellectuelle.

La FIFA détient en effet l’ensemble des droits de propriété intellectuelle liés à la compétition, qu’il s’agisse des médias, du marketing ou de l’exploitation commerciale de l’événement. Pour cette édition exceptionnelle réunissant 48 équipes et 104 rencontres, l’objectif est clair : garantir l’exclusivité des sponsors officiels, qui ont déboursé jusqu’à 100 millions de dollars chacun pour associer leur image à la compétition.

Cette stratégie a donné lieu à plusieurs situations pour le moins insolites. Plusieurs stades ont ainsi dû être rebaptisés pendant la durée du tournoi : le MetLife Stadium est devenu le « New York New Jersey Stadium » et le BMO Field le « Toronto Stadium ». Plus surprenant encore, au Levi’s Stadium de Santa Clara, la bâche destinée à masquer le logo du sponsor a été découpée… selon la forme exacte du célèbre sigle Levi’s, offrant à la marque de jeans une publicité involontaire particulièrement efficace[1].

Au-delà de ces batailles entre sponsors, la lutte contre la contrefaçon s’intensifie également. Une opération menée en Espagne en coordination avec Europol, Interpol, l’EUIPO et l’OLAF a permis la saisie de plus de 66 000 maillots contrefaits. Dans le même temps, les autorités hongkongaises ont procédé à des saisies similaires, interceptant près de 230 000 articles suspects représentant une valeur estimée à 17,2 millions d’euros de marchandises illicites[2].

Parallèlement, les sportifs deviennent eux-mêmes titulaires de droits de propriété industrielle.

Lionel Messi a ainsi obtenu, en 2018 devant le Tribunal de l’Union européenne, l’enregistrement de son nom en tant que marque de l’Union européenne, malgré l’opposition du titulaire des marques « MASSI ».

L’Argentin, qui inspire les nouvelles générations sur les terrains, influence également les stratégies de protection des marques. Le Français Désiré Doué a ainsi procédé au dépôt de plusieurs marques internationales à son nom, parmi lesquelles « DEZ » n°1909810, « DD 14 » n°1909815, « Desire Gifted » n°1909812 ou encore « Juste Doué » n°1914417, afin d’anticiper le développement de son image et d’en maîtriser l’exploitation commerciale. Cette démarche illustre l’évolution du sportif, qui n’est plus seulement ambassadeur d’une marque mais devient lui-même propriétaire et gestionnaire de son propre actif immatériel.

Le jeune international français s’inscrit d’ailleurs dans une tendance déjà incarnée par son capitaine, Kylian Mbappé, titulaire de plusieurs marques portant sur son nom, ses initiales ou encore certaines de ses expressions, auxquelles nous avions consacré un précédent article[3].

Entre protection de l’exclusivité des sponsors, lutte contre la contrefaçon et valorisation des marques personnelles des athlètes, la Coupe du monde 2026 confirme que le droit des marques constitue désormais un pilier incontournable du droit du sport.

 

Nino BOIVIN, juriste stagiaire chez Mark & Law

 

[1] Comment Levi’s se joue des règles de la FIFA sur le nom des stades de la Coupe du Monde 2026, Matthieu LAMOUREUX, RMC Sport, publié le 15/06/2026

[2] Six arrestations à Hongkong dans une affaire de contrefaçons de maillots liées à la Coupe du monde, L’Equipe, publié le 11/06/2026

[3] Mbappé n’est pas non plus sur la touche en propriété intellectuelle, Philippe BOHLAND, MARK & LAW, publié le 24/06/2024